L'Enfer Bouddhiste

Les représentations des Enfers sont multiples, selon les époques et les cultures. La fascination et la peur que provoquent la Mort a de tout temps poussé l'Humain à imaginer l'au-delà, que ce soit à travers les Paradis qui ouvrent leurs portes aux vertueux, mais bien plus souvent les limbes qui attendent ceux et celles dont la vie a été émaillée de pêchés divers que chacun·e doit expier dans sa vie d'après.

Les mises en scène des tortures et tourments que nous devons subir en accord avec la nature et la hauteur de nos fautes excellent en tous points et brillent par une cruauté sans bornes.

Je connaissais bien entendu les diverses représentations occidentales de ces Enfers : parmi les plus connues, nous avons bien entendu Jérôme Bosch qui trône avec ses univers horrifico-absurdes qui figurent des hommes et des femmes tourmenté·es par des Démons aux allures grotesques. Je n'avais par contre jamais vu les représentations des Enfers Bouddhistes, plus particulièrement chez les Thaïlandais, qui comme me l'a fait découvrir Pakito des Éditions Le Dernier Cri, brillent par leur folle inventivité en la matière.

Il vous suffit de taper "enfer bouddhiste narok" dans votre moteur de recherche pour tomber sur des centaines d'images de ces représentations. Vous allez notamment tomber sur des photos de sortes de parcs d'attractions ou de jardins des enfers avec des sculptures peintes faites de stuc et de plâtre, qui mettent en scène des humains qui se font punir par là où ils ont péché : ces pauvres créatures sont encagées, attachées, découpées, sciées, pendues, écrasées, aplaties, farcies, bouillies, rôties, embrochées, énuclées, étripées, pelées et brûlées par des Démons et des Démones aux traits effrayants et sans pitié aucune.

Il n'en fallait pas plus pour Pakito – dont le motto de sa maison d'édition est "Vomir des Yeux" – pour se décider à créer une grosse exposition autour de cette thématique. C'était en 2021, juste pendant et après le Grand Confinement : retour sur ce beau moment de création démoniaque !


There are many representations of the Underworld, depending on the era and culture. The fascination and fear that death provokes has always led humans to imagine the afterlife, whether through paradises that open their doors to the virtuous, or more often through limbo, which awaits those whose lives have been marked by various sins that each person must atone for in the afterlife.
The depictions of the tortures and torments we must endure in accordance with the nature and severity of our sins are outstanding in every respect and shine with boundless cruelty.
I was, of course, familiar with the various Western representations of these Hells: among the best known, we have, of course, Hieronymus Bosch, who reigns supreme with his horrific and absurd worlds depicting men and women tormented by grotesque-looking demons. However, I had never seen representations of Buddhist hells, particularly those of the Thai people, which, as Pakito of Éditions Le Dernier Cri showed me, shine with their crazy inventiveness in this area.

Simply type ‘Buddhist hell narok’ into your search engine to find hundreds of images of these representations. You will come across photos of amusement parks or gardens of hell with painted sculptures made of stucco and plaster, depicting humans being punished for their sins: these poor creatures are caged, tied up, cut up, sawn, hanged, crushed, flattened, stuffed, boiled, roasted, skewered, gouged out, disembowelled, skinned and burned by demons and demonesses with frightening features and without any mercy.
That was all it took for Pakito – whose publishing house motto is ‘Vomir des Yeux’ (Vomit from the Eyes) – to decide to create a major exhibition around this theme. It was in 2021, just during and after the Great Lockdown: let's take a look back at this wonderful moment of demonic creation!

La première idée était de réunir les artistes habituel·les du Dernier Cri pour que chacun et chacune réalise un dessin autour de cette thématique dans le but de les montrer dans une exposition ainsi que dans un livre.

Je me suis tout d'abord demandé quel type de péché j'avais envie de mettre en scène et le dessin que j'ai produit résonne tout particulièrement aujourd'hui, avec la taxe Zucman qui vient d'être retoquée au Parlement Français dont le but était de réduire l'écart toujours grandissant entre les plus fortunés et les plus démunis et le désir d'accumulation de biens des certaines personnes qui dépasse l'entendement et frise l'absurde.

Je ne montre pas toujours les étapes de création de mes dessins mais en voici deux de la réalisation de mon Enfer, à savoir le crayonné ainsi qu'une étude au lavis d'encre de chine. La carte-à-gratter étant une technique qui n'admet pas les repentirs, une bonne préparation est indispensable.


The initial idea was to bring together the usual artists from Le Dernier Cri so that each of them could produce a drawing on this theme, with the aim of displaying them in an exhibition and in a book.
I first asked myself what type of sin I wanted to depict, and the drawing I produced is particularly relevant today, with the Zucman tax, which has just been rejected by the French Parliament. The aim of this tax was to reduce the ever-widening gap between the richest and the poorest and to curb the desire of certain people to accumulate wealth, which is beyond comprehension and borders on the absurd.
I don't always show the stages of creation of my drawings, but here are two stages in the creation of my Hell, namely the pencil sketch and a study in Indian ink wash. As scratch card art is a technique that does not allow for corrections, good preparation is essential.

Puis dans un deuxième élan, le Diktator Pakito eut une de ces idées aventureuses qu'on lui connaît : créer un Narok à Marseille, au sein de la Friche Belle de Mai, sur un plateau de plus de mille mètres carrés dans le cadre d'une grandiose exposition Infernale à la gloire des supplices et tourments infligées à nos pauvres âmes pécheresses. Une grande partie du premier groupe d'artistes se sont porté·es volontaires et d'autres se sont rajouté·es pour créer une ou des sculptures géantes en utilisant des matériaux de récupération – du carton, du papier mâché, du fil de fer, de la peinture et beaucoup de sueur lavée à grands coups de gniole – pour créer un Jardin de l'Enfer à faire peur à Satan lui-même.

Je me suis attelé à la réalisation de ma sculpture que j'ai basée sur le personnage du dessin que j'avais déjà fait. Pour arriver au bout de ce grand bonhomme désarticulé, j'ai dû faire plusieurs allers-retours à Marseille pour travailler au sein d'un atelier réservé à cet effet : en cette période de post-confinement où il était interdit de voyager sauf pour des motifs essentiels ou professionnels, il m'était fort agréable de pouvoir sortir de Lyon et aller respirer l'air phocéen. Le couvre-feu étant fixé à 20 heures, j'ai connu là les joies de l'apéro qui commence à 17 heures pour laisser le temps de s'abreuver suffisamment après la journée de travail avant que chacun·e aille s'enfermer dans ses dortoirs respectifs.

Ci-dessous quelques photos de cette réalisation dans les ateliers du Dernier Cri, dont la première avec le Diktator lui-même en train de vérifier la bonne tenue de l'œil de notre financier. Je n'ai hélas pas fait des photos de la sculpture au sein de l'exposition, entourée des mille autres créations réalisées pour l'occasion.

 

Then, in a second burst of inspiration, Diktator Pakito had one of his famously adventurous ideas: to create a Narok in Marseille, at the Friche Belle de Mai, on a plateau covering more than a thousand square metres, as part of a grandiose Infernal exhibition glorifying the torments and tortures inflicted on our poor sinful souls. Most of the first group of artists volunteered, and others joined in to create one or more giant sculptures using recycled materials – cardboard, papier-mâché, wire, paint and a lot of sweat washed down with copious amounts of hooch – to create a Garden of Hell that would scare Satan himself.
I set about creating my sculpture, which I based on the character I had already drawn. To complete this large, disjointed figure, I had to make several trips back and forth to Marseille to work in a studio reserved for this purpose. In this post-lockdown period, when travel was prohibited except for essential or professional reasons, it was very pleasant to be able to get out of Lyon and breathe the air of Marseille. With the curfew set at 8 p.m., I experienced the joys of aperitif time, which starts at 5 p.m. to allow time to drink enough after the working day before everyone goes off to their respective dormitories.

Below are a few photos of this creation in the Dernier Cri workshops, including the first one with the Diktator himself checking that our financier's eye is in good condition. Unfortunately, I did not take any photos of the sculpture in the exhibition, surrounded by a thousand other creations made for the occasion.

Grâce au Diktator Général Pakito, nous avons pu fonder les bases de la première banque Infernale, la "Unholy Bank of Narok", et voici les billets de cette nouvelle monnaie désormais en circulation. Pour le moment –et pour l'éternité – il n'y a que des coupures de 666 DC.

Les billets ont été soigneusement sérigraphiés à l'atelier du Dernier Cri pour que je puisse en remplir les entrailles de ce financier avide.

 

Thanks to General Diktator Pakito, we were able to lay the foundations for the first Infernal bank, the ‘Unholy Bank of Narok’, and here are the banknotes of this new currency now in circulation. For the time being – and for eternity – there are only 666 DC denominations.
The banknotes were carefully screen-printed at the Dernier Cri workshop so that I could fill the bowels of this greedy financier.